Pour la réalisation des innovations indispensables à la croissance économique dans l’ère à venir, j’ai adopté une vue panoramique sur la structure industrielle selon deux axes : celui des « industries ombrelles » et celui des « industries d’éléments » en tant qu’éléments constitutifs des premières ; et j’ai développé une méthode d’élaboration des stratégies de recherche et développement reposant sur ces deux axes.
J’ai défini les industries ombrelles comme étant des entités qui forment un système combinant pièces et matériaux, ou qui forment un système à grande valeur ajoutée associant, aux technologies matérielles des pièces et matériaux susmentionnés, les technologies logicielles qui permettent un fonctionnement optimal de l’ensemble en tant que système global. Fabriquant des produits générant de la valeur à la fois du point de vue industriel, social et économique, ces industries ombrelles forment un système à forte valeur ajoutée.
À l’opposé, j’ai défini, d’une part, les produits-éléments comme étant des pièces, des matériaux et des produits logiciels à caractère très indépendant et qui forment les éléments constitutifs des industries ombrelles ; et, d’autre part, les industries d’éléments comme des industries qui fabriquent lesdits produits-éléments.
Le Japon jouit d’une très grande compétitivité internationale dans l’industrie des pièces, matériaux et matériaux spéciaux, lesquels relèvent tous des industries d’éléments. Ces produits, qui comprennent notamment les voitures, les téléviseurs à écran plat, les lecteurs audio portables et les téléphones portables, se trouvent intégrés à de nombreux systèmes ombrelles à travers le monde et soutiennent les industries ombrelles dans chaque pays. En outre, les aciers haute performance du Japon, utilisés pour la fabrication des voitures et des appareils électroménagers, se taillent la part du lion sur le marché mondial des matériaux. Et le Japon conserve encore une compétitivité supérieure notamment pour les pièces et matériaux de machine — y compris les équipements de transport — et les matériaux chimiques utilisés dans la fabrication des produits chimiques fonctionnels.
Le problème, c’est qu’à l’exception d’une partie des produits (ceux liés à la fabrication des automobiles et des machines), le Japon est en train de perdre sa prédominance ou n’arrive pas à la conserver dans les industries ombrelles. Pour les produits tels que les téléviseurs à écran plat, où le Japon excellait autrefois, les pays les plus compétitifs sont aujourd’hui la Corée du Sud et Taïwan. En dépit de la prédominance absolue des entreprises japonaises en termes de parts du marché pour les composants électroniques intégrés aux terminaux portables (petits et moyens écrans à cristaux liquides et batteries lithium-ion), du point de vue de la téléphonie mobile en tant que système, on peut affirmer sans exagérer que le Japon se trouve tout à fait impuissant face aux fabricants étrangers tels que Nokia (Finlande), Samsung (Corée du Sud) et Motorola (États-Unis), qui se partagent presque toutes les parts du marché.
Il en va de même pour l’iPod de cinquième génération, où, pour chaque appareil vendu, le total des profits engendrés par tous les composants des entreprises japonaises est insignifiant en comparaison des profits réalisés par la firme Apple. De plus, Apple réalise également des profits supplémentaires grâce à son service après-vente.
Dans les domaines de la gestion de l’eau, les produits-éléments du Japon se retrouvent en grand nombre dans les systèmes exploités à travers le monde. Ce sont toutefois les entreprises françaises et américaines, et non les entreprises japonaises, qui bénéficient de la plus grande part des profits engendrés. À l’échelle mondiale, on prévoit que l’industrie de la gestion de l’eau représentera un marché de 111 billions de yens en 2025. Si le Japon ne réagit pas, ses entreprises ombrelles ne pourront pas y déployer leurs forces et elles devront se contenter de maintenir uniquement leur compétitivité dans le secteur des produits-éléments tels que les membranes, dont le marché est de faible envergure. Les entreprises des industries ombrelles japonaises forment actuellement des coentreprises à l’échelle nationale en vue de prendre les initiatives nécessaires aux changements qui s’imposent.
Pour répondre à l’exigence de renforcer la compétitivité internationale des industries japonaises, j’ai donc établi d’abord un schéma panoramique des industries en fonction des deux axes que constituent les industries ombrelles en tant qu’industries systèmes, et les industries-éléments qui soutiennent les industries ombrelles ; j’ai ensuite présenté des consignes pour promouvoir la recherche et le développement en vue de résoudre les problèmes que soulève la réalisation d’un système d’industries ombrelles. Pour ce que j’appelle ici le « système d’industries ombrelles », j’ai posé quatre conditions requises : (1) que l’on vise la résolution des problèmes à l’échelle planétaire ; (2) que soient réalisées les innovations technologiques nécessaires aux développements technologiques qui s’imposent ; (3) que la réalisation de ces innovations — autrement dit, des produits ombrelles — génère de grandes valeurs sociales et économiques ; et (4) que le Japon excelle mondialement dans la création de ces produits ombrelles et que le monde entier ait aussi des attentes vis-à-vis du potentiel de ce système.
Sur la base de cette conception, j’ai proposé 37 industries ombrelles au terme d’entrevues réalisées avec des personnes clés et suite à des ateliers organisés au Centre de recherche et de la Stratégie de développement (CRDS). Si le monde industriel et la nation partagent ce même objectif de réalisation des industries ombrelles, tous les efforts du Japon pourront converger vers un même but, les efforts inutiles seront évités et nous pourrons entreprendre la recherche et le développement de manière stratégique.
En ce qui concerne la réalisation d’industries ombrelles, avec pour condition essentielle les innovations technologiques susmentionnées, j’ai élaboré une stratégie de recherche et développement de type « flux tirés et flux poussés », qui consiste d’abord à chercher quelles sont les offres de nouveautés engendrées par les flux tirés, puis à orienter les flux ainsi découverts vers la réalisation d’innovations. Pour cela, il importe en premier lieu de décomposer les éléments de la demande ; puis, en second lieu, d’intégrer ces éléments dans les thèmes de recherche et dans les objectifs ou niveaux de rendement à atteindre en termes scientifiques et technologiques. Les produits-éléments nécessaires à la réalisation d’innovations, ainsi que les thèmes de recherche scientifique et de développement technologique qui mènent à la transformation des produits-éléments en produits commerciaux, se trouvent ainsi intégrés dans une matrice formée de deux axes.
Bien qu’il soit encore incomplet, j’en ai donné un exemple dans un schéma panoramique* .L’observation du schéma du point de vue des produits ombrelles fait ressortir d’un seul bloc les produits et les thèmes de recherche scientifique et de développement technologique nécessaires à la réalisation des innovations, tandis que l’observation du même schéma du point de vue des produits-éléments fait ressortir les thèmes principaux de recherche et de développement pour de nombreux produits ombrelles qui requièrent la réalisation d’une percée commune.
J’insiste ici sur le point suivant : ce qui ressort de ce qui précède, ce sont les grands défis, problèmes sociaux et thèmes de technologie des systèmes qu’il n’est pas possible de couvrir, pour la réalisation des industries ombrelles, uniquement avec chacun des produits-éléments. Ces grands défis, problèmes et thèmes, qui ne peuvent être rattachés à une industrie d’éléments particulière, sont souvent propres à la réalisation des industries ombrelles. La matrice où ils doivent s’intégrer a également été prévue dans le schéma panoramique susmentionné, où j’ai d’ailleurs donné quelques exemples. Les thèmes scientifiques et technologiques que j’ai examinés sont des thèmes dont l’intégration doit s’imposer dans les volets scientifique et technologique des politiques d’innovations.
| * :Propositions stratégiques CRDS-FY2008-SP-10,
Méthode de planification des stratégies de recherche et développement pour le renforcement de la compétitivité internationale : création et développement d’industries ombrelles par la mise en valeur des industries d’éléments qui font la fierté du Japon 【Texte en Japonais】 |
Anglais / Chinois / Japonais
Profil de Ken Ando :
Diplômé du Lycée préfectoral Konan de Kagoshima, il obtient en 1971 son diplôme de maîtrise au Département de recherche en génie, cycle post-universitaire, à l’Université de Kyushu, puis devient assistant au Département de génie nucléaire appliqué, Faculté de génie, Université de Kyushu. Après avoir été maître de conférence en génie du développement de matériaux au Département de génie nucléaire appliqué, Université de Kyushu, et pour le programme de génie du développement au Département de recherche en sciences et technologies, Faculté de génie, cycles post-universitaires de l’Université de Kyushu, il devient en 1987 chercheur principal au Centre de recherche et développement Toshiba (Toshiba Research & Development Center). Il obtient par la suite les postes de directeur du Centre de recherche fondamentale Toshiba, directeur du Centre de technologies appliquées en matériaux au Centre de recherche et développement Toshiba, expert en qualité pour la réforme administrative du Bureau de la planification de Toshiba. En 2000, il devient dirigeant d’entreprise et directeur du Laboratoire de technologie pour GE Toshiba Silicones (devenu aujourd’hui Momentive Performance Materials Inc.), puis Senior Fellow en 2007 au Centre de recherche et de la Stratégie de développement (CRDS) de la Japan Science and Technology Agency (JST). Il occupe son poste actuel depuis 2010, après avoir été Principal Fellow au Centre susmentionné, et chef du groupe de travail pour la promotion d’une plateforme de collaboration entre les secteurs industriel, académique et gouvernemental, au Bureau central pour la promotion des innovations de la JST. Docteur en génie. Membre spécialiste du Comité technologique du Ministère de l’Éducation (1995), membre du Comité de liaison pour la recherche en physique du Science Council of Japan (membre de l’Union internationale de physique pure et appliquée, 1997), conseiller dans le domaine « Ordre et propriétés physiques » pour le projet PRESTO de la Japan Science and Technology Corporation (2000), et membre principal du « Groupe de recherche sur l’écosystème d’innovations du Japon » au Ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (2008).