Accueil arrow Opinions arrow Ce que j'ai appris sur cette voie suivie par hasard

Opinions

Kazuyo Kono
Ancien directeur général, Ajinomoto Foundation for Dietary Culture

Ce que j'ai appris sur cette voie suivie par hasard

Kazuyo Kono
Ancien directeur général, Ajinomoto Foundation for Dietary Culture

2010.4


« Pourquoi les Japonais aiment-ils le bouillon de bonite séchée ? » Tel est le sujet qui a donné lieu à ma thèse de doctorat.

C'est peu après mon arrivée dans l'industrie alimentaire que fit son entrée sur le marché le « hondashi », ingrédient de base du bouillon à la japonaise. Constatant autour de moi la remarquable vigueur avec laquelle il s'étendait et s'implantait dans les foyers et dans l'industrie de la restauration, et ressentant vivement cet attachement profond des Japonais pour la saveur de la bonite, je n'ai cessé par la suite de m'interroger sur ce phénomène, à la fois comme consommatrice et comme entrepreneur.

Mon parcours

Ma carrière en entreprise a pris fin récemment. À mon entrée dans la compagnie, j'ai d'abord travaillé au laboratoire de l'Ajinomoto Foundation for Dietary Culture, avant d'être transférée à la division des relations publiques du siège social, où je fus chargée des relations avec les médias, principalement en matière d'alimentation et de science.

Au laboratoire, mon premier travail concerna la séparation et purification des éléments associés aux acides nucléiques, ces composants principaux de la saveur. Je ne pouvais pas savoir à l'époque que ces acides nucléiques remplissent un rôle primordial dans la saveur du bouillon de bonite séchée, mais quand j'y repense aujourd'hui, il me semble que la bonite occupait déjà une place importante dans ma vie.

Peu après mon accouchement, j'ai eu la chance d'être affectée au service des relations publiques au siège social. Pour l'époque, le fait qu'une femme diplômée en sciences travaille aux relations publiques d'une entreprise, la présence d'une mère parmi les employées et le transfert d'une employée entre deux bureaux d'une entreprise, tout cela était presque sans précédent. Les médias s'agitèrent, et soudainement on se mit à en parler dans les journaux. Je n'ai réalisé que tardivement l'ampleur des exigences que cela impliquerait pour moi, aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur de la compagnie. Tout en remplissant, tant bien que mal, à la fois mes rôles de mère et d'épouse, il semble que j'aie été jugée utile par la compagnie en raison de mes modestes connaissances en sciences. Pour ma part, j'ai fait preuve de beaucoup d'enthousiasme afin de répondre à ce qu'on attendait de moi. M'efforçant en tout temps de produire des informations qui touchaient les lecteurs, j'éprouvais une immense satisfaction à l'idée que les données que je collectais (principalement en matière d'alimentation) à l'intérieur comme à l'extérieur de la compagnie, puis que j'analysais et rendais publiques, étaient ensuite distribuées dans la société via les médias de masse. Par contre, je dois reconnaître que, ne pouvant m'accorder aucun répit, je ressentais un stress constant.

À cette époque, on commença à entreprendre des activités liées à la culture alimentaire au sein de la compagnie, et cela se refléta naturellement sur nos activités publicitaires. L'étendue du réseau de relations sociales que j'ai tissé au cours de cette période au service des relations publiques (qui dura plus de quinze ans) représente encore aujourd'hui un trésor irremplaçable à mes yeux.

Après mon transfert (et la fin, donc, de mes activités liées à la culture alimentaire au sein de l'entreprise), sous l'insistance pressante de personnes de mon ancienne université, j'effectuai un retour à la vie étudiante. Également incitée par mes collèges de la compagnie, j'avais décidé de relever le défi en dépit de l'inquiétude que j'éprouvais à l'idée de poursuivre des études tout en remplissant le mandat de directeur du Centre, une première pour une femme.

Fascination pour ce poisson qu'on appelle la bonite, obtention du doctorat et activités publicitaires

Comme thème de recherche pour le doctorat, j'ai étudié le bouillon de bonite séchée en effectuant des études croisées sur la recherche en science culinaire et la recherche en culture alimentaire. Pour l'aspect science culinaire, j'ai beaucoup appris grâce au laboratoire de l'université. Ce fut pour moi une joie immense que de revenir à mon statut d'étudiante et de poursuivre mes recherches avec de jeunes collègues. Quant à l'aspect culture alimentaire, j'ai eu la chance de côtoyer quotidiennement des professeurs de premier plan dans le domaine des activités liées à la culture alimentaire, ce qui m'a permis de poursuivre mes recherches en recourant, au besoin, à leurs enseignements sur les diverses méthodes de recherche. En choisissant de m'attaquer, pour le doctorat, à un thème encore inexploré alors que je n'avais pratiquement aucune expérience en recherche, je crois bien avoir considérablement embarrassé mon entourage, à commencer par mon directeur de thèse. Je leur en suis infiniment reconnaissante.

L'étendue de mon domaine de recherche était sans limites : analyse sensorielle des bouillons, préparation des échantillons, expérience en usine de fabrication du bouillon de bonite séchée, étude de terrain aux Maldives (considérées comme le lieu d'origine de la fabrication de la bonite séchée), étude des documents historiques (principalement ceux de la période Edo), etc. À ma très grande joie, les nouveaux sujets d'investigation surgissaient l'un après l'autre à mesure que je creusais mon sujet, et plus mes travaux d'étude avançaient, plus ils apportaient de la fraîcheur à mes recherches.

Mon intérêt grandissant, j'ai organisé tout spécialement un « Forum sur la bonite » qui rassembla des personnes concernées issues de divers domaines, qu'il s'agisse de chercheurs, de praticiens, d'historiens, d'enseignants, etc., avec lesquels j'ai eu la chance de tenir des discussions. J'ai aussi participé à la publication d'un livre sur le forum par la suite. Ce forum, répété plusieurs fois, connaissait un tel succès qu'il a fallu changer de lieu de réunion, et je me suis même sentie parfois submergée par l'enthousiasme exceptionnel des participants. Moi-même fascinée par la bonite, cet élément devenu central dans l'alimentation des Japonais sous la forme de la bonite séchée et du bouillon de bonite, j'étais tout naturellement passionnée par mon sujet de recherche.

J'ai longtemps appartenu au service des relations sociales, et j'ai constaté la situation d'une société où circulent en abondance de bonnes et de mauvaises informations sur l'alimentation. C'est pourquoi, lorsque je fais une nouvelle découverte, plutôt que de la garder uniquement pour moi je préfère la partager avec le plus grand nombre. Mon ardeur se trouve d'ailleurs tout particulièrement stimulée à l'idée de partager à tout prix ces découvertes avec la jeune génération qui prendra la relève. Lorsque, à la fin de mes recherches, j'ai produit une vidéo sur le bouillon de bonite, elle a été recommandée par le Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT). Peu après, c'est grâce aux recommandations d'un ancien professeur de l'université, à qui je dois beaucoup, que j'ai pu publier le livre intitulé « Dashi no himitsu » (Les secrets du bouillon, Kenpakusha) dans le cadre des événements commémoratifs du quarantième anniversaire de la Japan Society of Cookery Science. Cet ouvrage, qui fut pour moi une épreuve et que je n'ai terminé que grâce à la généreuse collaboration d'un grand nombre de personnes, a même été sélectionné comme livre recommandé par la Japan Library Association.

Bilan

À l'occasion de mon transfert du laboratoire au service des communications, j'ai été frappée par le fossé entre l'information dont nous disposions au laboratoire et celle qui circulait dans la société. En raison du danger inhérent à l'information, je me suis donnée pour mission de combler ce fossé et j'ai divulgué les données du laboratoire l'une à la suite de l'autre, dans la mesure du possible. Sur recommandation de personnes de mon ancienne université, je suis ensuite allée poursuivre des études doctorales, chose que je n'avais nullement prévue dans mon plan de carrière. J'en suis profondément reconnaissante, bien sûr à l'endroit de cette université, mais aussi envers la compréhension dont a fait preuve la compagnie. Je suis heureuse d'avoir pu appliquer moi-même ce conseil que je donne toujours aux plus jeunes : « Il ne faut jamais rater une occasion quand elle se présente ! »

Après l'obtention de mon doctorat, les demandes de conférences et de cours m'ont tenue très occupée. J'ai alors senti à nouveau, concrètement, que mes recherches pouvaient être utiles à la société. Si des auditeurs de tous âges (des élèves de l'école élémentaire aux adultes) ont assisté à mes cours, ce sont tout particulièrement les élèves du collège et du lycée qui se sont avérés les plus perspicaces dans leurs réactions, parfois même au point de me faire perdre mes moyens. Pendant les cinq années où j'ai enseigné aux élèves de sciences dans un lycée SSH (Super Science High School) désigné par le MEXT, je recevais une cinquantaine de questions pendant l'heure que durait chaque cours. Les professeurs de ce lycée se réjouissaient à la vue de l'intérêt manifesté par ces élèves pour la culture alimentaire, lesquels, en général, avaient tendance à ne s'intéresser qu'aux disciplines scientifiques.

Bien que toujours novice en ce qui a trait à la recherche, je n'en ressens pas moins aujourd'hui toute l'importance de ce qu'elle m'a apporté. Pour moi, l'alimentation se trouve à l'origine de nos modes de vie. Qui dit alimentation dit culture. Sur la base d'un examen de conscience sur la situation actuelle où nous a menés la priorité absolue accordée au rendement économique, nous devons nous réjouir d'avoir aujourd'hui la chance de remettre en question cette culture que nous avons édifiée, et qui comprend également notre culture alimentaire. J'ai appris, par expérience personnelle, que par bonheur ce sont ces jeunes qui, étant nés et ayant grandi sous l'influence directe de la priorité absolue accordée à la croissance économique, adoptent le point de vue culturel avec une grande ouverture d'esprit.

Je ressens actuellement, avec une grande vivacité, l'obligation de rendre à la société tout ce que je lui dois, d'une part en continuant de me dédier à la recherche avec autant de vigueur que ces jeunes, et, d'autre part, en poursuivant mes activités pour la diffusion de cette richesse incalculable dont je dois l'acquisition à ce lieu que l'on appelle l'entreprise.

Anglais / Chinois / Japonais

Profil de Kazuyo Kono :

Diplômée du Lycée préfectoral Yokosuka de Kanagawa, puis du Department of Food and Nutrition, Faculty of Home Economics (aujourd'hui Faculty of Human Life and Environment Sciences), à l'Université pour femmes d'Ochanomizu (1969), elle fait ensuite son entrée au laboratoire principal chez Ajinomoto Co., Inc. En 1983, elle est affectée au Bureau des relations publiques du siège social, en tant que responsable des relations avec les médias concernant principalement les questions d'alimentation et de science. En 1999, elle est affectée à l'Ajinomoto Foundation for Dietary Culture, où elle est nommée directeur général en 2002. La même année, elle est admise à la Division of Living Environment, Graduate School of Human Environmental Sciences, à l'Université pour femmes d'Ochanomizu, où elle obtient le titre de Ph.D. en 2005. Elle est aujourd'hui chargée de cours à Otsuma Women's University et au Kyoritsu Women's Junior College. Spécialités : culture alimentaire et science culinaire. Ses publications comprennent notamment : « Dashi no himitsu » (Les secrets du bouillon, Kenpakusha) , « Chori to oishisa no kagaku » (La science de la cuisine et du bon goût, co-auteur, Asakura Publishing Co., Ltd.), « Aji no himitsu wo saguru » (À la recherche des secrets du goût, co-auteur, Maruzen Co., Ltd.), « Food design 21 » (co-auteur, Science Forum Inc.) et « Kagakutte so iu koto » (La science, c'est ça !, co-auteur, Kagaku-Dojin Publishing Company, Inc.).

Yukiko UCHIDA, professeure associée, Kokoro Research Center de l'Université de Kyoto

La perte de « motivation » engendrée par la mondialisation

Makiko NAKA, professeur à l'institut de littérature en troisième cycle de l'Université de Hokkaido

La "scientifisation" des techniques d'interrogatoire du suspect

Soshi HONDA, professeur agrégé au Département du bien-être et de l'environnement de l'Université internationale Higashi Nippon

Recrudescence des idées eugénistes

Kazunari SASAKI Professeur en chef de l'Université de Kyushu et Directeur du Centre de recherche sur les piles à combustible des générations futures

Ouverture d’un Centre de recherche sur les piles à combustibles des générations futures issu d’un

Nobuo MIMURA, Vice-président extraordinaire de l'Université d'Ibaraki et Directeur de l'Institut des Sciences de l'adaptation aux changements globaux

Société durable et gestion avertie des risques

Yoshio SHIOYA, journaliste scientifique

Le traitement des preuves des procureurs (policiers) dans le cadre d’affaires criminelles

Yoshio SHIOYA, journaliste scientifique

Nous n'avons rien à nous reprocher

Masayasu MIYABAYASHI, Professeur et vice-président de Chiba Institute of Science, ancien Directeur Général de la Sûreté nucléaire de l'Agence de la Science et de la Technologie

La gestion des risques et des crises et les activités scientifiques et technologiques.  

Haruo KURASAWA, journaliste scientifique

Un accident nucléaire se produira à nouveau

Itsuro NISHIMOTO Chef de direction technique chez LAC Co, ltd

Les cyberespions ont déclaré la guerre ! Que devons-nous faire ?

>> more