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Hajime Hikino  Directeur de la section scientifique du journal TOKYO et du journal Chunichi

Transformer le tri du budget des domaines scientifiques et technologiques en oportunité

Hajime Hikino
Directeur de la section scientifique du journal TOKYO et du journal Chunichi

2009.12


Actuellement, les journaux et la télévision ne cessent de s'exprimer sur la protestation des scientifiques à l'encontre des directives de réduction du budget scientifique et technologique lors du tri budgétaire mené par le groupe de travail du nouveau gouvernement au sein de la commission de renouvellement politique. Bien entendu, comme dans tous les cadres budgétaires, le cadre scientifique et technologique pourrait contenir une prodigalité ou une inefficacité. Cependant, ce type de tri budgétaire est-il approprié au domaine scientifique et technologique? Ce qui fut marquant est le fait d'avoir attirer autant les regards des citoyens sur le budget de ce domaine qui n'attirait pas particulièrement l'intérêt auparavant. Ainsi, le tumulte engendré par ce tri budgétaire s'est présenté comme une opportunité de revoir la nature du budget de ce domaine. Nous allons ci-dessous réviser cette nature sous quatre points de vue.

Le premier point de vue concerne « les informations partagées avec la population ». En effet, une fois les directives de réduction du budget annoncées, les lauréats des prix nobels ou les journalistes renommés bouillonant de colère ont tenu des séries de conférences de presse, et les journaux et la télévision ont alors diffusé ces scènes de manière grandiose, la plupart de la masse médiatique semblant soutenir les contestations de ces scientifiques. D'autres part, un des points étonnant fut que de nombreux lecteurs des journaux adressèrent leur opinion, laquelle décrivant les scientifiques comme orgueilleux. Pour les citoyens souffrant de la restructuration ou de la baisse des salaires, l'attitude des scientifiques contestant la réduction massive du budget fut peut-être perçue comme étant osée.

De plus, mis à part ces scientifiques exprimant leur colère, j'ai rencontré bon nombre de scientifiques faisant preuve de regrets quant au fait que les informations fournies aux citoyens furent peut-être insuffisantes alors que les recherches sont menées avec les taxes qui leur sont imposées. Les supers-ordinateurs de prochaine génération, le Super-Kamiokande, le B-factory, l'Ocean drilling in the 21th Century et Spring8, la fusée MX... Combien de citoyens connaissent la présence de ces grands projets? Les scientifiques auraient-ils négligé d'en informer suffisamment la population en préjugeant que celle-ci ne pourrait comprendre, et ceci même en le lui expliquant? Un investissement massif n'aura pas lieu dans un domaine qui ne partage pas ses informations avec la population.

Le système de communication de presse du milieu scientifique a sensiblement changé depuis vingt ans. Plutôt que des journalistes scientifiques s'entretiennent avec des chercheurs après avoir remarqué les résultats des recherches parus dans des revues académiques, de nombreuses conférences de presse sont à présent tenues par des universités ou des centres de recherche, à tel point que l'emploi du temps des journalistes est rapidement submergé. Egalement, avant de paraître dans les revues majeures telles que Nature ou Science, la plupart des scientifiques émettent au préalable des communiqués de presse. En outre, l'Université de Tokyo, par exemple, me fait parvenir des informations par fax à un rythme quasi-journalier, telles que des invitations à des communiqués de presse sur les nouveaux fruits des recherches, à des symposiums, à des conférences, etc. Les centres de recherche principaux de chaque région tiennent également des portes-ouvertes ou permettent des visites libres régulièrement afin de tenter d'établir une communication avec les habitants locaux.

Le problème se situerait certainement dans le fait que la vitesse d'évolution technologique et scientifique dépasse l'entendement public. A titre d'exemple, la fameuse théorie de la relativité générale, qui est des plus complexes, est appliquée au GPS (Global Positioning System) fréquemment utilisé dans la navigation routière ou les mobiles. Pour nous, perturbés même par la science et la technologie quotidiennes, les grands projets scientifiques à la pointe, comme B-factory ou le Super-Kamiokande, s'avérèrent trop complexes. Cependant, de nos jours, les états démocratiques exigent une compréhension et les scientifiques quant à eux portent la responsabilité des explications.

Le second point de vue concerne la nature des visions scientifiques, celles-ci se résumant par « l'imprévisibilité du futur ». J'étais auparavant chargé de récolter des informations sur l'avion de type décollage et atterissage courts « Asuka » de l'ancien Laboratoire National de l'Aérospatial (NAL). Ce projet fut mis au point après qu'un seul avion expérimental fut réalisé et ceci avant le stade d'application pratique, mais cependant le projet rencontra le succès et personne n'aurait pu porter d'accusion sur des erreurs de pronostics dans le domaine aéronautique : le futur est imprévisible pour tous. Il existe bon nombre de projets terminés sans qu'ils aient apportés les fruits initialement prévus. La nature de la science est de lutter contre un futur imprévisible. Au moment du tri budgétaire, il est important que les personnes en charge partagent cette nature.

Le troisième point de vue peut se résumer sous « les fruits des recherches basiques mûrissent après de nombreux échecs ». Les recherches basiques se déroulent sous des hypothèses, conditions d'essai et vérifications par nombre de ceux-ci, et la plupart échouent. Le cas de la réussite de l'établissement des cellules iPS par Shinya Yamanaka (professeur à l'Université de Kyoto) est issu de la poursuite de la vérité sur laquelle il paria la possibilité qu'il émette lui-même des doutes. Derrière ce succès existe bien entendu l'histoire des échecs de quelques dizaines, voir quelques centaines de chercheurs.

Le Kamiokande, situé dans la préfecture Gifu, est également un exemple de belle réussite issue de grands échecs dans le domaine des recherches scientifiques basiques. Il fut initialement conçu pour détecter la désintegration des protons. Il ne capta cependant pas ce phénomène, mais en revanche, il détecta les neutrons de supernova et remporta ainsi le Prix Nobel de Physique au Japon. On peut dire que les recherches sur le but initial ne furent pas les plus importantes. Personne, y compris les personnes en charge du tri ou les scientifiques, ne peut décider du thème de manière prometteuse. Ce contexte ressemble plus ou moins à celui d'un investissement dans un capital à risque. Il serait essentiel de, pour le soutien des projets scientifiques, se satisfaire de la réussite de 1 projet sur 20 à 30. Néanmoins, le tri budgétaire et ce pari vers l'imprévisibilité ne sembleraient pas s'accorder...

Le dernier point de vue consiste en la « transparence ». Pour un pays comme le Japon, dont les ressources sont basées sur la science, la technologie et l'innovation, le développement de la science et de la technologie est des plus essentiels. Une réduction du budget réalisée avec un manque de réflexion est comparable à un suicide. Néanmoins, l'équitabilité et la pertinence au moment de l'attribution du budget sont des points qui restent à débattre. C'est sous ce point de vue que les scientifiques ont laissé éclater leur grande frustration vis-à-vis du fait que certains thèmes ont bénéficié d'un budget important alors que d'autres pas, que des thèmes dans lesquels œuvrent des chercheurs renommés aient aisément profité d'un budget tandis que les thèmes sur lesquels travaillent des chercheurs plus anonymes n'en aient pas bénéficié.

Comment peut-on expliquer « équitabilité » et « pertinence » et les fonder sur quels critères? Lorsqu'on ne possède pas de critères de décision clairs, on a tendance à recourir aux scientifiques ou organismes de recherche reconnus et lorsque le domaine de recherche est le plus à la pointe, un nombre restreint de personnes est capable d'apporter un jugement. Ainsi, le cadre de décision sera fermé et aboutira à un résultat clos. Afin d'établir la transparence de ce processus avec une méthode « équitable » et « pertinente », il reste à mobiliser la population et à l'intégré à ce processus. De ce point de vue, malgré les problèmes engendrés par la limite de temps et le manque de connaissances spécifiques, la transparence du tri budgétaire via un débat ouvert apportera davantage de fruits que d'erreurs.

Pour conclure, je présente ici la voix d'une lectrice : « La réduction du budget semble sujette à des discussions, mais il est clair que la science et la technologie sont essentielles. Ce fait est des plus évidents et ce n'est pas nécessaire qu'une personne âgée de 85 ans insiste sur ce point ». La population reconnaît bien que le Japon est devenu un pays riche grâce à la science et à la technologie, et peu de personnes croient qu'il est nécessaire de réduire le budget de ce domaine. J'espère que les scientifiques sauront exprimer au peuple les merveilles de la science plus quotidiennement avec conviction et que l'État allouera le budget avec équitabilité et pertinence, ne perturbant ainsi plus une dame de 85 ans.

Anglais / Chinois / Japonais

Profil de Hajime Hikino :

Il obtint en 1976 son diplôme d'aéronautique dans la faculté d'Ingénierie de l'Université de Tokyo. Il entra la même année dans une des sociétés majeures de la machinerie et fut chargé de la conception d'un moteur diesel. De 1979 à 1981, il étudia en France. En 1986 il entra au journal Chunichi, après avoir travaillé dans les sections scientifique et sociales et avoir été nommé chef du bureau Utsunomiya. Il excerce sa fonction actuelle.

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