Depuis quelques années, j'ai participé au projet de reconstruction après la catastrophe de la Nouvelle-Orléans. En avril de cette année, une vingtaine de personnes comprenant des dirigeants de mouvements civiques et des responsables du gouvernement de là-bas se sont rendus à Tokyo. Ils ont eu des échanges avec les victimes de la catastrophe de l'éruption volcanique de Miyakejima et avec les résidents vivant dans les zones inondables de la ville de Tokyo. Une délégation en provenance du Japon a également visité la Nouvelle-Orléans à plusieurs reprises. A travers les nombreuses échanges, ils ont de nouveau réalisé que malgré les différences entre les réalités, les aspects et les causes des désastres dans chaque pays ou dans chaque région, ils avaient beaucoup de choses en commun concernant ce qu'il faut apprendre des catastrophes.
L'ouragan Katrina a frappé la Nouvelle-Orléans en Septembre 2005. Les circonstances des victimes qui ont vécu dans des zones urbaines détrempées, dans des maisons endommagées ou dans des abris étroits, ont rapportées par les journaux partout à travers le monde entier. À l'époque, je m'étais demandé: "Pourquoi est-ce que 1300 personnes ont perdu leurs vies en dépit du fait qu'elles avaient su à l'avance que l'ouragan allait venir ?". Dans l'état voisin de l'Alabama, les habitants avaient été évacués à l'avance, de telle sorte qu'il n'y a eu aucune victime décédée. Ainsi, j'ai posé des questions à des gens de la Nouvelle-Orléans à ce sujet.
En l'absence de réponses provenant des personnalités responsables de la politique, du gouvernement et de la prévention des catastrophes, Monsieur Byron Harrell qui était un dirigeant dans le monde des affaires de la ville, avait indiqué: « Parce que 47% des habitants noirs étaient analphabètes, ils ne lisaient pas les journaux et ne regardaient pas les nouvelles. En conséquence, ils ne pouvaient pas répondre aux instructions d'évacuation ».
Dans le but d'éliminer les causes des catastrophes, Monsieur Harrell avait ouvert des "charter schools" (des écoles libres) qui enseignaient les gens à lire et à écrire. Monsieur Harrell a déclaré: « Les catastrophes ne disparaîtront pas tant que les gens ne sauront ni lire ni écrire, et tant qu'ils ne posséderont pas des connaissances scientifiques sur ce que sont les catastrophes, les inondations, les ouragans , et les prévisions météorologiques. Par conséquent, il faudra encore plusieurs années pour réaliser une véritable reconstruction de la Nouvelle-Orléans ».
Ce qui est vraiment effrayant en ce qui concerne les catastrophes, c'est que les faiblesses qui sont à l'origine inhérentes à la région ou à la communauté se révèlent toutes en un seul coup, alors qu'habituellement elles ne remontent pas à la surface. La base des mesures de lutte contre les catastrophes consiste à renforcer la capacité de la région à prévenir les catastrophes naturelles ordinaires. Nous devons fermement garder cela à l'esprit.
Au Japon, les communautés locales autonomes jouent généralement un rôle central dans la reconstruction en cas de catastrophe, mais aux Etats-Unis, ce sont souvent les groupes d'action citoyenne qui jouent un rôle de premier plan. Le Japon et les Etats-Unis ont leurs particularités respectives, et le problème n'est pas de juger lequel est de meilleure qualité. Cependant, les groupes d'action citoyenne recueillant des fonds privés renforcent le système japonais et fortifient la solidité financière des mouvements civiques.
Au Japon, la solidarité entre les habitants de localités est en général forte. Quand tous les habitants de l'île Miyakejima victimes de l'éruption volcanique vivaient dans des abris à Tokyo pendant 4 ans à partir de septembre 2000, ils étaient dispersés pour pouvoir vivre dans des logements publics inoccupés, et c'étaient les résidents des communautés avoisinantes qui ont pris soin d'eux. Grâce aux voisins vivant dans le quartier, il était devenu possible d'empêcher que de tels gens ne meurent dans la solitude, comme il en est souvent le cas lors des catastrophes.
Deux ans se sont écoulés depuis la catastrophe, et pourtant les habitations endommagées dans des endroits comme le neuvième district de la Nouvelle-Orléans sont restées négligées. Mais pendant que la reconstruction semble prendre beaucoup de temps pour progresser, les habitants de la ville ont avancé régulièrement, étape par étape, pour construire une société capable de résister aux catastrophes. S'il y a quelque chose que nous pouvons apprendre de la société américaine, je pense qu'il s'agirait des efforts volontaires réalisés par la société civile indépendamment du gouvernement.
Les tremblements de terre se produisent souvent au Japon. Ceci est dû au fait que quatre des plaques constituant la surface de la Terre se chevauchent les uns les autres sur les îles japonaises. C'est pour cette raison que des bâtiments et des infrastructures résistants aux tremblements de terre ont été construits. Les catastrophes dues aux inondations font partie de la routine quotidienne. En conséquence, les contre-mesures sont aussi très difficiles. La partie en aval de la rivière Arakawa dans la région de Kanto est une rivière artificielle à partir de Iwabuchi. En effet, une rivière d'une largeur de 500 mètres a été construite pendant l'ère Taisho afin de protéger la ville d'une éventuelle inondation par la rivière Sumidagawa. Parmi les quelques 800 volcans actifs qui existent dans le monde, 108 d'entre eux se trouvent au Japon. Même au cours des dernières années, plusieurs volcans tels que le Mont Usu, Sakurajima, Izu-Oshima et Miyakejima ont eu des éruptions à maintes reprises, mais les gens continuent d'y vivre.
Le Japon est un pays qui vit avec les catastrophes naturelles. Cela a donné naissance à divers aspects de la sagesse de la vie, et au progrès de la science et de la technologie. En même temps, le Japon est aussi un pays développé en termes de conservation de l'énergie. Puisque la production de ressources d'énergie est faible, des structures d'économie d'énergie ont été créées au niveau des industries, aussi bien que pour la vie quotidienne. Je pense que si un tel savoir-faire concernant la prévention des catastrophes et la conservation de l'énergie est transmise au monde entier, cela conduira au progrès et au bien-être de la société humaine.
On dit que la Nouvelle-Orléans est comme le fond d'un bol de soupe. Le pompage des ressources souterraines peut également causer une subsidence du sol. Même dans la capitale japonaise Tokyo, plus de deux millions de personnes vivent dans ce qu'on appelle les "zero-meter areas" qui se trouvent au-dessous du niveau de la mer. Ces zones sont protégées de la marée par un remblai, par des digues de rivière, et par des pompes. En raison des changements climatiques, de plus en plus de pays et de régions auront dorénavant besoin du savoir-faire sur de telles technologies et sur ces systèmes. Je pense qu'il est important de s'échanger les expériences vécues lors des catastrophes et les mesures préventives contre ces dernières, non seulement entre le Japon et les Etats-Unis, mais à l'échelle mondiale.
 Le neuvième district de la Nouvelle-Orléans où la reconstruction des habitations se fait tant bien que mal.
| |  Un groupe venant de la Nouvelle-Orléans s' est rendu au Japon et pour visiter et inspecter la zone située en dessous du niveau de la mer à Tokyo.
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Anglais / Chinois / Japonais
Le profil de Monsieur Yasushi AOYAMA:
En 1962, il a été diplômé de la Tokyo Metropolitan Musashigaoka High School. En 1967, il a été diplômé du Department of Law, Chuo University, puis est devenu un fonctionnaire du gouvernement métropolitain de Tokyo. Après avoir été le directeur de la Research Division au Tokyo Metropolitan Institute for Neuroscience, puis chef de département au City Planning Bureau, directeur du Johoku Welfare Center, ensuite directeur du département de la planification (Planning Department) au sein du Tokyo Metropolitan Government Policy Press Room, il est devenu membre du conseil d'administration de ce dernier. Après cela, il a été vice-gouverneur de Tokyo de 1999 jusqu'en 2003. Il a rejoint son poste actuel en 2004. De 2006 jusqu'en 2009, il avait présidé le Projet d'échange entre la Nouvelle-Orléans et l'île de Miyakejima, dont l'administration avait été assurée par la Fondation Ford, aux Etats-Unis. De 2008 jusqu'en 2009, alors qu'il était chercheur à l'Université de Columbia, il avait effectué des recherches comparatives sur les politiques urbaines à Tokyo, New York et Londres. Il a écrit des ouvrages tels que "Shosetsu Gotō Shimpei" (Gakuyo Shobo, sous le pseudonyme de Gō Sentarō), "Jichitai no seisaku sōzō" ( "La création de politiques dans les communautés locales autonomes", Sanseido Ltd.).