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Opinions

Satoshi Yamagishi/Directeur de l’Institut d'Ornithologie Yamashina

Réintroduction des Albatros à queue courte sur l’Île Muko

Satoshi Yamagishi
Directeur de l’Institut d'Ornithologie Yamashina

2008.6


Le 25 mai dernier, l’Institut d'Ornithologie Yamashina a permis à 10 petits Albatros à queue courte, une espèce menacée, de quitter le nid au bout de 3 mois de nutrition artificielle dans l’environnement naturel de l’Île Muko de l’archipel Ogasawara. Ces oisillons, originaires d’une colonie de nidification sur l’Île Tori située dans l’Archipel Izu, furent transportés sur l’Île Muko en février. Ces albatros, élevés pendant une longue période, ont pris leur envol et pourraient revenir sur cette île considérée comme lieu natal afin de pouvoir s’y reproduire d’ici quelques années.

Jusqu’ici, dans le monde, eut lieu l’expérience de transfert d’oisillions et de nutrition artificielle. Tout comme pour le cas du transport de 1000 petits Macareux moine, oiseaux nichants dans des terriers, originaires de Terre-Neuve au Canada, vers l’Île Machias Seal et de 1000 autres petits vers Eastern Egg Rock, éloignés d'environ 1610 km dans l'Etat du Maine aux Etats-Unis. La reproduction de ces spécimens sur ces deux lieux commença au bout de 8 ans et 16 à 19 nouveaux couples à Eastern Egg Rock ainsi que 40 autres nouveaux couples sur l’Île Machias Seal purent être observés.

Les exemples de transferts d’oiseaux marins nichants sur le sol sont rares. Parmi ceux-ci, on peut citer le Fou à pieds rouges de Hawaii, le Fou austral d'Australie et la Sterne néréis (davisae) de Nouvelle-Zélande. L’exemple de transfert qui s’est déroulé au Japon est la première tentative mondiale à ce jour pour la famille des Albatros.

Parmi les Albatros dans le monde, les individus originaires de l’Île Tori et des Îles Senkaku sont estimés environ au nombre de 2500. Néanmoins, l’Île volcanique Tori comporte un risque d’éruption tandis que les Îles Senkaku sont exposées à des problèmes de territoire contesté, les activités de recherche et la protection s’avérant ainsi difficiles à s’organiser dans ces deux cas, ceci présentant des facteurs dévaforables pour l’accroissement du nombre d’individus de cette espèce. Depuis quelques années, l’Île Tori à démontré un accroissement régulier des Albatros à queue courte, encourageant ainsi les spécialistes à tenter le projet de transfert des oisillions vers une île où étaient auparavant situées des colonies afin de créer un 3ème lieu de reproduction. L’origine de ce projet est une requête des Etats-Unis : en dehors de la période de reproduction, les Albatros vivent sur le territoire maritime américain comme au large de l’Alaska, de ce fait, ces oiseaux sont recensés parmi les espèces menacées aux Etats-Unis. La loi américaine impose l’établissement et la réalisation d’un projet de restauration du groupe classé en tant qu’espèce menacée en fixant des critères concrets au bout d’une certaine période suivant la classification. Dans ce contexte, l’Etat américain a soumis une proposition de participation au Japon dès le stade de l’élaboration de ce projet de restauration.

Lors de l’établissement du projet de restauration, l’équipe a fixé plusieurs critères tels le nombre d’accroissement pur des individus, le taux d’accroissement ainsi que des conditions concrètes requises, c’est à dire trois lieux de reproduction dont deux non-volcaniques. Dans le cas dans lequel le projet ne pourrait répondre à ces critères, il restera toujours envisageable un risque d’interdiction des activités de pêche au large de l’Alaska avec de sévères mesures lorsque un très faible nombre d’Albatros seront pris dans les filets de pêche.

Dans ce contexte, ce projet dépend en majorité du budget issu de l’Etat américain. La législation japonaise possède également un schéma de protection et de restauration des espèces avec la Loi de Conservation des Espèces en Danger de la Flore et de la Faune Sauvage. Néanmoins, en comparaison avec la législation américaine, il manque d’importantes contraintes ainsi que des aspects concrets. Ainsi, la loi japonaise a un besoin certain d’améliorations à ce sujet.

L’aspect prospère de ce projet est que l’Île Tori, lieu d’origine de la reproduction, ainsi que l’Île Muko, le nouvel environnement d’introduction de l’espèce, sont des îles isolées et éloignées des intérêts industriels, elles sont ainsi parfaitement adaptées aux mesures de protection et ceci exceptionnellement sans que des problèmes majeurs soient envisagés. Dans la plupart des cas d’espèces menacées, des problèmes d’intérêt humain ou industriel sont souvent rencontrés sur les lieux de vie des espèces, les arrangements vis à vis des intérêts de la population et de l’industrie locale envers les mesures de protection nécessitent habituellement d’importants efforts.

La réussite de ce projet dépend du retour sur l’Île Muko de ces oisillions arrivés en âge de reproduction au bout de cinq ans. Dans l’expérience précédente (Fisher 1971), dans laquelle fut effectué le transfert d’ Albatros de Laysan de l’Atoll de Midway, âgés de 1 mois et de 5,5 mois, vers des nids d’une autre espèce logeant sur une île située à 5 km de leur lieu de naissance. Trois ans plus tard, 35% des oisillions âgés d’un mois à l’époque retournèrent sur l’île sur laquelle ils furent transférés et aucuns d’entre eux ne retourna vers l’Atoll de Midway, leur lieu de naissance, tandis que seulement 5% des oisillions âgés de 5,5 mois à la même époque retournèrent vers l’île sur laquelle ils avaient été transférés. Suite à ces résultats, le projet actuel se déroule avec des oisillions âgés d’environ un mois, au moment de leur transfert depuis l’Île Tori vers les Îles Muko, lesquels sont nourris artificiellement. Néanmoins, plus la période de transfert sera avancée dans le but que l’empreinte des oisillions envers l’Île de Muko en tant que lieu natal soit sûre et plus la nutrition artificielle s’avérera difficile. Il est nécessaire pour le futur de résoudre ce problème antinomique car il est avant tout idéal de transférer les oisillions en bas âge le plus tôt possible.

La réussite de ce projet d’introduction sur l’Île Muko joue un grand rôle dans la restauration de l’espèce des Albatros,et il est également important d’effectuer la protection de l’environnement global où se nourissent et vivent ces oiseaux et non pas seulement celle du lieu de reproduction. Dans ce but, la pollution maritime dans la zone où ils s’alimentent, ainsi que la capture involontaire en raison des activités de pêche consisteront en des risques importants. Afin d’éviter ces risques, il est tout d’abord essentiel de déterminer précisément leur lieu maritime de nutrition. Pour cet objectif, les scientifiques japonais et américains ont déjà débuté des recherches de la zone où ils se nourissent pendant et hors de la période de reproduction grâce à un traçage satellite.

Pour la protection des Albatros, cet environnement isolé s’est réellement révélé bénéfique. Néanmoins, en raison de son isolement, d’une part les chercheurs présents sur les lieux nécessitent une résistance physique importante et d’autre part, l’organisme en charge du projet nécessite quant à lui une force financière considérable. La réussite du départ du nid de 10 oisillions ne marque que le commencement de ce projet de réintroduction de cette espèce sur l’Île Muko. J’espère que de nombreux supports, y compris l’Etat japonais et l’Etat américain, apporteront leur soutien afin que ce projet soit une réussite totale et que les Albatros pourraient y demeurer de manière sûre.

Anglais / Chinois / Japonais

Profil de Satoshi Yamagishi:

Né dans le département Nagano au Japon en 1939, il termina ses études secondaires au Lycée Nagano Kita en 1957, diplômé de la faculté d’Education de l’Université Shinshu en 1961, occupa le poste de professeur à la faculté des sciences de l’Université de la Ville d’Osaka, professeur à l’école post-universitaire des sciences de l’Université de Kyoto, excerce son poste actuel depuis 2002. Professeur invité à l’Université de l’Agriculture de Tokyo, excerça la fonction de président de la Société Japonaise de l’Ingénierie Civile et de l’Ecologie. Docteur en sciences écologiques, en éthologie et en sociologie animale ainsi qu’en ornithologie. Président de la Société Japonaise d’Ornithologie de 1993 à 1997. Il rédigea de nombreuses œuvres, parmi ses principales : «Ornithologie pour la préservation» éditions Kyoto University Press, «L’oiseau de ce matin» Asahi Shimbun, «Canard mandarin : est-il réellement fidèle ?» Chuokoron-Shinsha, «Ornithologie du futur» éditions Shokabo Publishing, «Voyage dans la nature de Madagascar» Chuokoron-sha, «Stratégie de reproduction des oiseaux, tomes 1 et 2» Tokai University Press.