Le souvenir de l’année 2011 renvoie à une succession de grandes catastrophes historiques : le désastre du grand séisme et du tsunami du mois de mars, les dégâts des pluies torrentielles et des glissements de terrain de la péninsule de Kii provoqués par le typhon n˚12 au mois de septembre et les inondations en Thaïlande au mois d'octobre. Dans les terres sinistrées par le Grand séisme de l'Est du Japon, on entame la reconstruction pour créer de nouvelles communautés locales. D'autre part, dans une perspective à long terme, il est inévitable que les diverses régions du Japon rencontrent à nouveau des catastrophes naturelles telles que séismes, tsunamis, tyhons, pluies torrentielles ou marées hautes. Par ailleurs, on prévoit une amplification du changement climatique, les problèmes d'énergie et de matières premières et les problèmes du vieillissement de la population. En d'autres termes, la gestion de ces multiples risques ainsi que des risques composites qui s'y additionnent représente la grande mission de ce siècle. Dans ce cas, en se basant sur l'expérience de l'année 2011, que peut-on apprendre à propos de la gestion des risques dans le cadre de la construction d'une société durable ?
Un des enseignements que l'on peut tirer du grand séisme du 11 mars et de l'accident nucléaire est qu’une gestion avertie des risques est d'une importance extrême. « Une bonne préparation évite tout souci » dit un vieux proverbe. J’aimerai à ce propos attirer votre attention sur la nouvelle manière de réfléchir sur cette « préparation ». Au mois de septembre passé, le Conseil central de gestion des catastrophes naturelles a émis un rapport présentant une gestion à deux niveaux : l'une concernant les tsunamis de grande ampleur auxquels on répond par une minimisation des dégâts (protéger la vie humaine en évacuant ou apportant de l'aide), et l'autre concernant les tsunamis ayant lieu une fois tous les cent ans qu’un être humain peut rencontrer une fois dans sa vie auxquels on répond par un travail de prévention des catastrophes. Aussi, le 27 décembre de l'an passé, le plan de base de gestion des catastrophes naturelles a été rectifié sur la base de ce rapport. La nature qui nous entoure est d'une puissance hors norme qui dépasse de loin toute installation préventive que l'être humain a pu construire à certaines occasions. Il s'agit dans ce cas d'une minimisation des risques consistant à parer à une force externe et réduire les dégâts humains au minimum à l’aide de l'évacuation.
D'autre part, comme des dégâts humains et économiques se produisent souvent dans la vulnérabilité la plus complète, il s'agit d'une protection de la vie humaine, des biens et des activités économiques des biens en combinant de multiples structures de protection restant dans le cadre d'une force externe définie (tsunami estimé). Le point crucial de cette manière de penser est de prévoir les phénomènes de grande envergure en supposant une gestion avertie dans le cadre de la prévention des tsunamis. Ceci est clairement considéré comme une mesure de prévention des catastrophes incitant, même en cas de tsunami inévitable, à prendre des mesures pour réduire les dégâts au minimum. On dit depuis les temps anciens que la violence de la nature dépasse l'action humaine et l'importance de la minimisation des dégâts a été la leçon du Grand séisme de 1995 de Hanshin-Awaji, bien qu'il faille dire que du point de vue de la société entière cette prise de conscience n'avait pas été suffisante. Face aux risques latents importants menaçant la sécurité de la société tels qu'une grande catastrophe naturelle ou un accident nucléaire, il est nécessaire de prendre à nouveau conscience de l'importance de cette manière de pensée et de concrétiser cette gestion des risques.
Une gestion avertie est également importante pour les évacuations en cas d'urgence. Pour éviter des dégâts irrémédiables, il est important que les informations soient transmises. Ainsi, lorsqu'un tsunami se produit, l'objectif est de transmettre des informations justes à la population. À l'heure actuelle, la transmission des informations lorsqu'un tsunami se produit se fait essentiellement par le biais des alertes et avis de tsunami lancés par l'Agence météorologique japonaise dont la méthode reste à améliorer. Je pense qu'il est nécessaire de fournir, en plus de ces alertes basées sur des prévisions, des informations en temps réel basées sur des observations. Il est évident que, si les informations du tsunami observées sur la côte étaient transmises aux officiels des collectivités locales se trouvant sur les côtes, aux habitants et aux touristes, elles pourraient représenter le moteur principal pour une évacuation rapide. En installant sur les côtes japonaises un réseau d'observation côtier, il est possible de transmettre la situation aux habitants au moins 10 à 20 minutes avant que le tsunami ne déferle. Le projet de budget de l'année prochaine comporte l'installation de sismographes sur les côtes ainsi que d’un réseau d'observation des tsunamis. Or, il est important de mettre en place rapidement un tel réseau de surveillance.
D'autre part, on prend également conscience de l'importance d'une gestion avertie concernant le changement climatique représentant un risque à l'échelle mondiale. L'influence du changement climatique se manifeste partout dans le monde et chaque année, intensification des précipitations, inondations et pénuries d'eau, dégâts de glissements de terrain, effets sur l'agriculture et coups de chaleur sont rapportés. Désormais, étant donné que, dans les pays en développement, la population augmente, les personnes touchées par ces problèmes vont également augmenter et il nécessaire de prendre conscience que le changement climatique dépasse le cadre des problèmes environnementaux mais qu'ils concernent la garantie de la sécurité des sociétés dans la terre entière.
Parmi les mesures à prendre face au changement climatique, il existe d'une part des stratégies d'atténuation qui visent à réduire l'émission de dioxyde de carbone (CO2), d'autre part, des stratégies d'adaptation pour prévenir les impacts néfastes. L'objectif des stratégies d'atténuation est de contrôler la folle progression du réchauffement climatique et de la stabiliser au-dessous d'un seuil adapté à la société humaine. On peut dire qu'il s'agit de stratégies qui évitent que l'environnement terrestre devienne ingérables (unmanageable). Parmi ces situations unmanageable, il est également nécessaire de prendre en considération l'avenir lointain afin de ne pas provoquer de changements catastrophiques, à savoir la fonte à long terme de la glace du Groenland et l’augmentation de 7 mètres au maximum du niveau de la mer. D'autre part, les stratégies d'adaptation sont les mesures averties prises face à l'impact néfaste, étant donné qu'une certaine progression du réchauffement climatique est inévitable même en cas de succès des stratégies d'atténuation. En ce sens, on peut dire qu'il s'agit des mesures face aux inévitables (unavoidable) effets néfastes. La mesure idéale contre le changement climatique prendrait forme dans combinaison optimale de ces deux sortes de mesures.
Cependant, lors de la négociation sur le changement climatique, COP17, organisée à Durban à la fin de l'année passée, un plan d'entente de réduction d'émission des principaux pays producteurs comprenant les États-Unis et la Chine n'a pu être établi. À l'heure actuelle où les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter dans le monde, il est nécessaire de prévoir la progression du réchauffement climatique dans les dizaines d'années à venir. C'est pour cela, qu'en plus des stratégies d'atténuation, les stratégies d'adaptation deviennent de plus en plus nécessaires. La base de la gestion avertie face au changement climatique est la prévision météorologique. En d'autres termes, il s'agit de prévoir le degré des effets et des dégâts pouvant survenir en se basant sur l'observation de la terre, y compris via satellite, l'observation environnementale et la modélisation climatique et de prendre des mesures en conséquence. D'autre part, étant donné que des incertitudes subsistent concernant l'observation anticipée du climat, il est nécessaire d'examiner avec souplesse et à plusieurs reprises ces mesures. Une évolution flexible de ces mesures basée sur une interaction entre la science et les mesures prises deviendra de plus en plus importante telles que prévisions météorologies améliorées grâce aux observation récentes et aux progrès de la recherche et mesures appropriées d'adaptation actuelles au changement climatique.
Dans l'article daté du premier janvier 2009 de cette rubrique, Hiroyuki YOSHIKAWA, l’ex- Président de l'Université de Tokyo, écrit ainsi à propos des sciences permettant de comprendre et réaliser la durabilité de la terre et de la société : « Les sciences classiques ont essayé autant que possible d'élucider la nature de l'existence dans un environnement de laboratoire propre, tout en favorisant l'expansion à deux dimensions avec des microscopes, et l'expansion en trois dimensions à l'aide de télescopes. Par contre, tout en étant centrée sur les changements survenus depuis le passé jusqu'à l'avenir, l’étude sur la durabilité doit déterminer la façon dont les gens devraient se comporter dans une réalité autre que celle d'un laboratoire à la différence des sciences classiques. Pour cela, alors que les changements sont prédits par simulation à l'aide d'un superordinateur (qui peut aussi être perçu comme un objectif à quatre dimensions), il consiste à créer une théorie constitutive pour l'obtention des normes de comportement appropriées. (Opinion datée du 1er janvier 2009 intitulée « La recherche scientifique au service de la durabilit é ») Cela signifie que la gestion avertie que nous venons de mentionner consiste à adopter réellement un comportement juste tout en prévoyant les changements. Pour cela, la construction de sciences préventives et analytiques pour l'environnement naturel et les sociétés futures est primordiale.
La confrontation à la catastrophe du 11 mars, à l'accident nucléaire et à des manifestations du changement climatique nous a permis de prendre conscience à nouveau de l'importance de la garantie de la sécurité et sûreté de la société basée sur une société durable. Les risques ne se limitent pas au changement climatique et aux catastrophes naturelles mais sont d'une grande variété et complexité, touchant même à l'économie sociale. Afin de garantir la sécurité et la sûreté de la société, il est nécessaire, non pas d'agir a posteriori une fois que la catastrophe, l'accident ou la crise est survenu, mais de faire de son mieux pour réagir de manière avertie. Entre le changement climatique qui se poursuit sur des dizaines d'années et les catastrophes naturelles qui provoquent des dégâts énormes en un temps court, on constate des divergences sur l'échelle du temps et de l'espace ainsi que sur la particularité des risques. Pour cela, afin de réagir de manière avertie face aux risques divers, il faut développer les sciences et technologies dans de vastes domaines afin de fournir avec exactitude à la société une ligne directrice concernant le comportement juste tout en prévoyant l'évolution des risques. La gestion des risques avertie est une mission importante de la science pour comprendre et réaliser la durabilité (sustainability) de la terre et de la société et donc le grand rôle des sciences et technologies pour trouver des solutions aux problèmes du 21ème siècle.
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